3 semaines plus tard, elle retrouve la dame dans le noir ouvrant le coffre de sa voiture, en train de parler à un homme de développement culturel et de la mobilisation des habitants..de la difficulté de rejoindre les gens et d’écrire avec eux à la volée. De dos et dans le noir elles la reconnaissent et crient Mireille Mireille .. tu nous lis le texte.. Il est où le texte !!! Mireille cherche dans sa sacoche et ses feuilles avec hâte dans la pluie. Car il pleuvait. Ou nous étions entre deux averses fraîches : nous étions dans l’humide. Rien ne supposait une situation propice aux retrouvailles et à la lecture..Le sol regorgé d’eau et Cédric le jeune chef de projet était prêt à repartir. Et pourtant devant les cris et les rires poussés par les deux petites filles.. nous nous sommes prêtés au jeu. Elles voulaient l’entendre cet instant figé sur papier dont elles se souvenaient tant.. Si intensément.. qu’elles jubilaient et devançaient les mots. Mireille qui voulait entendre leur voix et leur accent et toujours si frappé si frappant, les invitèrent à traduire. Et on y serait encore tellement, phrase par phrase elles, les deux petites Raya et Sabrina, se faisaient une joie entre deux éclats de rire de faire entendre dans la rue et la nuit leur langue. C’était à celle qui irait plus vite que l’autre. Elles se battaient même, en lançant des coups de coude et des regards à celle qui par malheur précédait l’autre. En se souvenant de tout et des ampoules et du bleu.. Beau fouillis, beaux mots. Jubilation totale. Souvenirs absolus. Sautillement garanti. Leur caddy jaune restait à leur pied. Elles s’en éloignaient pour lire, se rapprochant du centre du parking comme d’un espace scénique. la voiture gardait sa portière ouverte : le temps attendait et leurs parents aussi. Cinq six fois, elles nous ont prié : encore encore on traduit moi moi .Tantôt Cédric tantôt Mireille remettaient ça avec ce bonheur du lire, qu’on aimerait voir dans tant d’écoles et sur tant d’écoliers, ce bonheur de l’écrire du traduire qu’on aimerait contagieux et intact. C’est cela. Merci à vous de nous garder un peu intacts. On aurait aimé communiquer aux immeubles mouillés, aux voitures vides, aux rues satinées ce moment dense et danse. car ces petites dansaient leur gloire d’avoir été sujet d’écriture, sujets d’importance.. Ce fut un sacré partage au moment fort des télés du 2O heures. Juste avant tous les couvre-feu. Elles ont demandé à repartir avec pour le lire et le faire traduire à la sœur à la mère, qui cette fois-ci ne gronderait plus.
Mireille